GORGON - For those who stay-

Groupe : GORGON

Titre : For those who stay

Label : Osmose productions

Année : 2024

ça fait deux ans que cet album est sorti. Et vu que tout le monde consomme sans prendre le temps de mâcher, ni de profiter de la saveur sous le palais, ça fait juste du bien de toujours écouter des albums qui ont déjà 24 mois (diraient les parents prout-prout pour parler de leur rejeton, au lieu de parler en années)

GORGON c’est la preuve formelle que seule la musique compte, parce qu’en ayant traversé un siècle, et affronté une « régré-volution » inconsciente et « néauto-destructrice » de la société, on peut se réjouir que le savoir faire d’antan , celui qui porte avec force et vigueur une construction de morceaux authentiques, rugueux et sauvages , offre toujours un résultat époustouflant qui donne réellement envie d’écouter et de savourer cette musique obscure.

GORGON c’est tout une histoire hexagonale et française du black metal qui n’est jamais allé chercher dans l’outrance la provocation ou la sophistication, bien au contraire ce groupe a su dès le départ écrire quelque chose de primaire, abscons et sincère. Et c’est sans doute pour cela que les fidèles de la première heure, sont toujours là, malgré les pauses du groupe.
Loin des théories fumeuses de qui sait mieux que l’autre les origines du mal grâce à l’IA, GORGON a simplement écrit une musique dans la discrétion ce qui a forgé en parallèle une très forte réputation. Et si vous voulez découvrir le groupe, il y a suffisamment d’entrevues sur plein de webzines ou de sites encyclopédiques bons ou mauvais aujourd’hui pour en découvrir un aperçu.

Mais rien ne sera jamais plus fort que votre propre écoute, votre propre lien entre la musique et vous-mêmes et par conséquent votre propre ressenti. Peu importe ce qui est dit et ce qui est écrit, ce qui compte c’est ce nouvel album et vous seul. Car seule la musique compte.

Tu proposes un titre d’album et tu places ce titre en première position. Ça donne le ton. Et si la mort est sans doute un sujet très important sur cet album, GORGON s’est mis en tête de te le faire ressentir immédiatement. Le souffle agonisant « For those who stay » propose un black metal rugueux mais possédant un aspect mélodique calibré pour que leur musique accroche d’une manière particulière. La vitesse n’est pas prioritaire , c’est la profondeur du mal qui offre du relief à la musique de GORGON, et ce premier titre éponyme est une claque immédiate derrière chaque oreille qui sera posée dessus.

« For those who stay » est un album qui possède une production très artisanale, loin du synthétique d’aujourd’hui avec une batterie non triggée à outrance à la régularité guerrière, accompagnée de riffs posés qui aiment le ralentissement pour que l’environnement prenne vie.
Et là rien que sur ce premier titre GORGON surplombe l’enfer en vous regardant brûler.
L’agressivité est malgré tout de la partie comme à l’accoutumée, parce que GORGON aime ce black metal réellement primaire, sauvage et presque punk à la Impaled Nazarene, ce qui s’entend très bien sur « Tod.Mort.Death ». On retrouve une atmosphère très sombre, entre le black metal religieusement malsain et la haine violente présente dans le riff qui prend ses origines dans le chaos. C’est un peu comme ça tout au long de l’album. Sauf qu’un coup sur deux GORGON sait équilibrer son album pour toujours donner la part belle à la mélodie noire. C’est tellement ça aussi sur « Next to the mill » qui puise son genre de mélodie dans le vieux black metal qu’on appréciait chez des groupes tels que Dark Funeral dans les années 90’s. Mais de toutes façons GORGON est toujours resté à regarder les années 90’s et dire que c’est saupoudré de modernité, c’est juste se voiler la face, pour apprécier faire l’éloge de la nouveauté. Non « Next to the mill » donne ce qu’elle a de plus opaque sur des leads guitares qui tranchent sévèrement dans la mélodie macabre, et ça c’est une patte ancestrale qui vient d’un horizon lointain. Un temps qui existait bien avant que ta mère soit mère, ce qui est suffisant pour toi qui pense que les boomers ont quarante cinq ans.
Trêve de chamaillerie, deux ans plus tard « For those who stay » parle justement à ceux qui sont restés, ceux qui sont toujours là pour l’écouter, ceux qui restent et qui l’apprécient sans se dire « vivement la suite ».
Au contraire, jubilation ultime sur un « Hypnotic fire » violent mais posé, agressif mais envoûtant, c’est ce que réussi à composer GORGON à travers ce dernier album. On y retrouve sur un titre comme « Hypnotic fire », la hargne des groupes suédois et finlandais des années 90’s, avec une ambiance de guerre et de combattant extrêmement présente (écoutez la fin du morceau). Chaque chanson possède son lot de surprises , sans jamais tomber dans la facilité, on découvre un album plein de rage évidemment, mais qui conserve à chaque instant cette partie mélodique qu’on aimait à l’époque d’un Dissection du temps d’un « The Somberlain » . Chaque titre flirte avec la violence et la mélodie c’est le cas pour « Vatican’s fall » ou encore plus sur « The art of dying » où GORGON flirte vraiment avec des mélodies black/death plus ou moins proches de groupes tels que A canorous Quintet. Mais GORGON reste fidèle à lui même, à toujours conserver cet esprit black metal ténébreux, malsain et franchouillard, car flirter ne veut pas dire tomber dedans, on serait plutôt en train de les voir lécher la cuillère de la marmite du mal. « The art of dying » vous emmène vraiment très loin, d’autant plus que le titre est court, moins de trois minutes.
Mais ce n’était rien, car voilà qu’aujourd’hui (oui, on sait) on savoure toute la fin de l’album, car ce n’est que branlée magistrale entre envolées mélodiques et rythmiques diaboliques GORGON s’en donne à coeur joie. « Shelter » s’envole dans l’abomination et la détestation, de manière effrénée et hypnotique tandis que « When it rains in hell » offre la danse de la mort sous une pluie saignante (Fred austère en serait rouge de jalousie) dont les gouttes lacèrent votre âme autant que les riffs cinglants charcutent votre écoute. Après toutes ces années depuis 1991, GORGON maîtrise l’art de composer une musique puissante, attirante autant que révulsante pour les non initiés, alors que la voix de leur leader épouse à merveille les ambiances sataniques présentes sur ce nouvel album.

Cet album est impressionnant de beauté noire et il fait certainement partie des meilleurs albums de la discographie de GORGON, autant visuellement que musicalement. Il prouve une fois de plus que ce groupe traverse les années et qu’il nous accompagnera jusqu’au dernier voyage, et qu’ensuite ceux qui resteront pourront aussi apprécier l’héritage musical d’un groupe discret mais d’une qualité hors norme.

Si tu ne connaissais pas GORGON, la musique étant intemporelle , tu peux dès lors remonter le temps et découvrir leur discographie. A toi d’écouter.

Arch Gros Barbare

03/09/2026