Groupe : MOONSKIN
Titre : Farewell
Label : Musiko Eye
Année : 2019
Découvrir sur le tard MOONSKIN n’amplifie que mieux l’effet savoureux et permet ainsi de mieux jouir du plaisir que procure ce « Farewell » premier album des parisiens qui vraisemblablement auront donc mis six ans à présenter celui-ci aux oreilles de ceux qui ne les avaient jamais vus en concert.
Et pour qui ne les connaissait pas, quelle joie, quelle stupeur, quel superbe moment que ces presque cinquante minutes que nous offre le groupe en neuf chapitres qui défilent d’une manière si naturelle qu’on en oublie le temps qui passe.
Ce heavy/doom occulte rappelle rapidement les envolées d’un Candlemass des plus épiques bien évidemment, avec cette contemporanéité de groupes comme Crypt Sermon, qui envoûtent rapidement ; doublé en certains moments par des passages cabalistiques (notamment sur « Dead cursed lands ») qui donnent à la musique de MOONSKIN un côté très obscur tout en étant hypnotisant grâce aux samples et claviers du club des invités (dont certains ont produit l’album et que l’on retrouve dans Ataraxie ou Conviction ) qui décuplent sa sorcellerie.
Mais le premier point fort que l’on notera (parce qu’il y en a plusieurs) c’est la puissante voix de Delora qui rappelle dans son groove par endroits, celui que pouvait avoir Sophie, la chanteuse d’Eros, ce groupe bordelais qui avait sorti « The damage is done ». Cependant la vocaliste de MOONSKIN dépasse cette puissance, en allant chercher un panel aussi large que juste où l’on en vient à penser et à comparer avec Anneke Van Giersbergen sur l’album « Mandylion » de The Gathering, sur les compositions et les intonations telles que « Farewell » ou « Dead cursed lands » qui sont de véritables hymnes à la musique heavy/doom.
L’album servi avec un visuel signé Anaïs Mulgrew, qui vient très justement appuyer cette atmosphère occulte dans un format finalement old school (pourtant dans un format digipack somme toute assez simple, ce qui le dessert un peu car il aurait mérité quelque chose de plus noble en matière de digipack, au vu du contenu), contient cette âme que pouvaient avoir les vieux Black Sabbath avec des solos de guitares psychédéliques comme le montre encore une fois le groupe avec cette terrible et longue « Dead cursed lands ».
Et lorsque l’intelligence s’allie à l’inspiration, on arrive à avoir un album totalement aéré grâce aux trois instrumentaux placés avec harmonie et servant ainsi de belles introductions aux titres qui suivent mais c’est surtout grâce à « Birth » ce prologue d’une chaleur tamisée presque étouffante de suavité, puisant ses sources dans les années 70’s avec un blues à la guitare digne des plus grands.
MOONSKIN rend hommage effectivement à ces atmosphères qui font du doom la grandeur que ce style peut avoir depuis de nombreuses années et lorsque l’on parle de Candlemass ou Black Sabbath, ce n’est effectivement pas innocent à l’écoute de « Suffer ».
Ce morceau qui décide de mettre en avant la basse en début de titre, mais aussi ensuite, par souci d’équité peut-être avec les autres manches à cordes plus fines. Et sur ce titre, on découvre quelque chose de très progressif pendant plus de huit minutes. De plus progressif, parce qu’en moins de soixante secondes MOONSKIN nous fait voyager avec des riffs plus groovy, plus stoner, pour quasi immédiatement prendre une teinte épique. Et quelle lourdeur sur le parcours quand le chant s’éteint et que la basse vrombit ; que les guitares prennent la tonalité du mal, comme Black Sabbath l’avait fait quarante ans plus tôt avec leur premier album ; quelle folie furieuse sur ces solos étourdissants, ces ambiances aussi délirantes et fantasques, folk et divines qu’un Blackmore’s Night ou un Jethro Tull et même cette voix claire qui devient death !!!
C’est d’ailleurs après cela que MOONSKIN devient plus rentre dedans sur « Queen of misery » où revient ce chant guttural au beau milieu de cette générosité aux guitares brûlantes d’expression. Un titre qui lui aussi possède sa propre identité aux multiples facettes à presque en avoir des breaks troublants de décalages et de similitudes dans la pétulance, comme savaient le faire Faith No more ou les français de Pin-up Went down (la voix de Delora prenant une tessiture d’Asphodel à ce moment-là)
Est-il possible de sortir aujourd’hui un premier album aussi prenant, aussi intriguant et grisant que peut l’être ce « Farewell » ?
Comment ne pas succomber à ses charmes qu’ils soient dans les vocaux, la musique ou bien le visuel ?
Parce que jusqu’au bout avec « Final journey », MOONSKIN vous entraîne dans son tourbillon émotionnel et si vous n’appréciez pas, c’est donc que vous n’écoutez qu’avec vos oreilles et pas avec votre âme…
Arch Gros Barbare
25/02/2020