GROUPE: SLAVEONE
TITRE ALBUM: The Seraphic Conspiracy
LABEL: Crypt of Dr Gore
DATE DE SORTIE: 2026
Voici déjà dix sept ans que SLAVEONE dissémine sa musique par delà les frontières , par delà les univers connus, parce que leur musique n’a de cesse de connaître une constante évolution. A l’instar de groupes tels que Gorguts évidemment, mais Blut Aus Nord également, SLAVEONE ne possède aucune étiquette, ne revendique aucun territoire, mais s’étend étrangement vers des contrées musicales que peu ont réussi à explorer et arrive à construire une réelle noblesse d’âme musicale au fil des ans. Le résultat fait qu’en s’approchant de la vingtaine d’années d’existence ce groupe a transformé sa musique album après album (et pourtant comme jadis certains grands groupes, ils ont une manière d’écrire posée et calibrée, car la qualité se mesure aussi sur le nombre de productions qui sont tout sauf pléthoriques) vers quelque chose de tellement singulier, de tellement personnel, que surfer simplement sur une écoute superficielle ne permettra jamais de comprendre la terrible profondeur de leur « death metal » devenu polymorphe aujourd’hui . Et paradoxalement autant leur humour omniprésent est bien souvent de piètre qualité (mais ça , on l’a compris depuis longtemps) qu’il est à des années-lumière de la qualité artistique et de composition d’un groupe de cet acabit.
SLAVEONE offre, en France en tous les cas, une musique intemporelle et unique.
Unique parce que personne sur cette scène hexagonale n’arrive à créer un univers aussi stellaire et nébuleux que celui des montargois.
Unique parce qu’ en plus de cette construction musicale complexe, vient toujours se mêler des artworks (signé ici sur ce nouvel album, par Belial Necroart) et des illustrations toujours extrêmement bien peaufinées, soignées, travaillées où le résultat est toujours à la hauteur de l’investissement.
Unique parce que les galères et les embûches qui se sont mises au travers de la route du groupe, au niveau du studio, au niveau des parties batterie, ne pouvaient arriver qu’à SLAVEONE.
Intemporelle parce que sur scène l’atmosphère est encore totalement d’une autre galaxie en comparaison avec le résultat studio et l’on découvre une réelle ouverture sur autre chose en terme d’émotions.
Intemporelle parce que le temps que vous ayez réellement ingurgité la portée de la composition , vous n’aurez jamais le loisir de dire de manière grégaire « vivement le prochain ».
Intemporelle parce que bien que les albums de SLAVEONE avoisinent toujours les quarante minutes, vous aurez toujours cette sensation d’infini qui transcende leur musique de manière spectrale.
Et la somme de ces deux adjectifs est indissociable parce que SLAVEONE crée un univers à lui tout seul grâce à une esthétique toujours très bien léchée où chaque édition en coffret limité va toujours plus loin, toujours plus « beau » ( proposant même un artwork différent)
Voici donc ce qu’est SLAVEONE au fur et à mesure des années, un groupe implacable ; un groupe irréprochable et qui construit sa musique comme un horloger suisse fabrique ses pendules avec une précision chirurgicale à ceci près que maintenant SLAVEONE réussit à stopper le temps à le suspendre et non plus à le chronométrer ou à le segmentariser. En un mot, un groupe indispensable.
INDISPENSABLE car il permet de donner à la musique quelque chose d’inaccessible qui donne matière à penser, à réfléchir et à réellement apprécier sans pouvoir la retenir de manière trop aisée.
Et voici donc ce qu’est exactement ce nouvel et troisième album de SLAVEONE.
Le groupe est allé encore plus loin vers une disharmonie calculée et pourtant très bien orchestrée.
Les racines absconses de leur death metal très ésotérique sont toujours là, ce qui s’entend très bien sur « A sigil traced with coal », la voix de Tarvos est malléable et sait elle aussi s’adapter aux déclinaisons obscures que prennent constamment les chansons de SLAVEONE.
Et donc, même si les racines death sont toujours là, encore une fois, le groupe avance dans sa propre évolution. Et même si le groupe demeure constant dans son avancée vers une musique enténébrée, on sent qu’il veut aller plus loin dans la déconstruction. « Daeva-Avestan vortex », c’est un peu l’ « Uroboric » ou l’ « Aeon dissonance » de ce nouvel album. SLAVEONE progresse vers sa thématique cabalistique, et si la batterie est toujours aussi massive, on sent vraiment sur ce titre la volonté d’écrire une musique filandreuse où la confusion vient embrumer les esprits grâce à des passages extrêmement hermétiques et impénétrables qui ne se laissent apprécier qu’à la condition de réellement écouter les variations de guitares et de vocaux.
On n’écoute pas la musique de SLAVEONE comme on écoute Amon Amarth, le seul point commun c’est que les rameurs devant la scène vont juste ramer pour atteindre la subtilité des riffs et finalement leur côté réellement obscur et sibyllin. Ceci SLAVEONE le maîtrise de plus en plus en offrant à ses disciples un héritage death metal mais qui aujourd’hui commence à n’en laisser percevoir que les racines. « Sulphur » est d’une épaisseur imposante mais permet de respirer à chaque changement de mouvement pour mieux prendre une facette presque black metal intergalactique que l’on constate sur certains autres morceaux.
Ainsi la musique de SLAVEONE est devenue réellement sophistiquée dans le sens où chaque rythmique est dans la recherche d’une distinction pure, d’une complication et d’une subtilité extrême pour ne jamais offrir de facilité. Du coup « Suplhur » est à « The Seraphic Conspiracy » ce que Thanos est aux Avengers dans « Infinity wars » et « Endgame ».
L’ensemble de l’album est comme cela, bardé également de petit moments excentriques et biscornus comme sur « The Seraphic Conspiracy » ou « Ash-covered Guru », qui vous perdent encore plus dans ce trou noir béant et rempli d’anti-matière qui ne demande qu’à exploser ou imploser. Avec cette particularité que « Ash-Covered Guru » possède une projection musicale plus terre-à-terre que ces consœurs sur l’album , tandis qu’à côté de cela la folie des trois actes de « The adversal path » aura fini de vous déstabiliser complètement. Ce denier titre, décomposé en trois actes « Profane-Penitent et Theistic » est extrêmement adroit et insaisissable en même temps qu’il signe définitivement le fait que la musique de SLAVEONE maintenant s’impose en perturbateur endocrinien de la musique death metal avec cette légère tendance aujourd’hui à vouloir interférer avec le black metal.
Il ne tient qu’à toi « Oh sombre apôtre, pourvoyeur de lumière , que ta volonté soit nôtre. Un abyme de prières, des louanges aux lithanies sybiliennes, Egregore de cette spéculaire doctrine »
Et ce « The Seraphic Conspiracy » a totalement raison : Après eux, le néant.
NB : Le terme « dissonant » n’a été utilisé qu’une seule fois : à l’instant.
Arch Gros Barbare
20/04/2026