15 avril 2026

GROUPE: SKAPHOS
TITRE ALBUM: The Descent
LABEL: Les acteurs de l’ombre
DATE DE SORTIE: 2026
Depuis « Cult of Uzura » sorti en 2025, alors troisième album des lyonnais de SKAPHOS, la donne avait changé pour le groupe. Cet album avait ouvert une porte sur le monde réel pour s’assurer de son invasion, et le groupe a réellement trouvé une identité, une voie. Rien ne se fait rapidement, et ce groupe est la preuve indéniable que prendre son temps, trouver ses repères et créer un véritable univers sera toujours le meilleur moyen d’arriver à un résultat incroyable.
Ce black/death metal très sombre, totalement abyssal et ténébreux colle à la peau de la musique de SKAPHOS désormais, et offre au groupe un statut culte au même titre que Sulfur Aeon pour l’Allemagne.
Ce quatrième album assoit littéralement la puissance de SKAPHOS, quelque chose de redoutable, tapis dans l’ombre et les Ténèbres des profondeurs. On ressent de plus en plus cette idée d’être plongé au plus profond des océans à la découverte du néant pour y entendre l’écho du silence. Ce nouvel album confirme bien que le chemin emprunté aujourd’hui par le groupe est celui de la toute-puissance. Le riff est sûr, aucune digression, aucune fioriture pour offrir un death metal tellement massif que son déplacement musical ne se fait sentir qu’au changement de chaque titre comme un mouvement de plaque tectonique. Et pour ce qui est des titres, SKAPHOS a eu la bonne idée de faire beaucoup plus court que son prédécesseur d’un bon quart d’heure. En effet on passe de quarante neuf minutes à juste un petit peu plus que la demi-heure. Et ceci fait une réelle différence car cela évite certaines longueurs inutiles pour mieux se concentrer sur l’énergie de titres moins nombreux et plus pertinents.
Immédiatement on atteint vingt mille lieux sous les mers avec « Nese ende », SKAPHOS se veut brutal mais suffoquant et cette plongée en apnée vous amène dans un univers noir, opaque où la musique régulée au millimètre près pour imposer une atmosphère asphyxiante, arrive à vous charmer littéralement. SKAPHOS EST les ténèbres, Skaphos EST le néant des profondeurs. Vous n’y trouverez pas d’exploit de guitares, mais une régularité infernale dans la batterie et une morbidité malsaine dans ces guitares qui ne vous lâcheront jamais du début à la fin. C’est ici que réside la grande marque de fabrique de SKAPHOS, créer une dimension à part , très oppressant dans ses ambiances, avec cette idée insidieuse que vous plongez toujours plus loin toujours plus profond. La batterie aussi violent soit-elle, ne devient que le bruit sourd de votre propre corps qui coule dans les entrailles du néant, tandis que les guitares s’entremêlent les unes aux autres pour vous envoûter par leur beauté à l’instar des méduses, ces cnidaires légendaires qui vous hypnotisent avec leur tentacules en forme de filament.
SKAPHOS vous enchante et vous enchaîne en vous montrant la mort, tout simplement et d’une manière authentique. La voix de Stéphane (également dans la Ballade des rats) domine depuis les tréfonds comme un appel à sombrer toujours et encore. La musique de SKAPHOS n’est au final pas vraiment violente, sa brutalité est comprise dans ses atmosphères théâtrales ce qui donne au tout une addiction à laquelle on ne peut échapper.
Cette incroyable lourdeur, massive , compacte, imposante que l’on apprécie encore plus sur « Ube » fait de SKAPHOS un groupe à part sur cette scène saturée. C’est impressionnant d’efficacité parce que tout est lié, tout bouge ensemble, tout se déplace en un seul bloc et on prend cette vague musicale d’un seul coup à vous en submerger de terreur.
Entre black metal et death metal , choix difficile à faire pour SKAPHOS, notamment sur la très épaisse « The descent », le groupe arrive avec charisme à se frayer un chemin au travers de toutes ces ténèbres. Un chemin personnel, un chemin écrit à l’encre indélébile qui aura raison de tous les sceptiques, encore plus avec « Horror squid » qui prend le chemin du death metal à la Immolation actuel. Quelque chose de lourd , de pesant de froid et de magnifique.
A cela rajoutons un artwork divinement réalisé par Paolo Girardi (Stortregn, Sulphur Aeon, Creeping death…), un régal d’ignominie pour les photos de Jean Manuel Moreno, le tout dans un digipack somptueux, et vous vous retrouvez avec un objet magnifique visuellement, physiquement et musicalement.
Il est inconcevable de passer à côté de ce nouvel album de SKAPHOS, parce que c’est le genre d’album très bien composé qui dans sa mouvance fera partie de ceux qu’on ne laisse pas dormir trop longtemps sur l’étagère.
Arch Gros Barbare
15/04/2026