BEYOND THE VOID -Ex nihilo nihil-


17 février 2020

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Groupe : BEYOND THE VOID
Titre : Ex nihilo nihil
Label : Autoproduction
Année : 2020

Il est devenu réellement difficile aujourd’hui de différencier l’intérêt musical d’un groupe underground qui a de la visibilité et un autre qui n’en a pas, car c’est grâce au copinage ou à la manière de collecter de la sympathie que certains s’en sortent, sans vraiment avoir quelque chose d’intéressant à jouer.

Et on sait bien que ce n’est pas parce qu’on sait extrêmement bien jouer d’un instrument, qu’on a les capacités d’écrire de la bonne musique.

Par conséquent, pour subsister il faut tout de même avoir, d’une part un bagage musical, surtout en matière de death metal, et ensuite avoir quelque chose à dire même si l’on a déjà entendu le discours, tant qu’il est pertinent et éloquent, car on aura toujours plaisir à l’écouter.

C’est le cas pour les strasbourgeois de BEYOND THE VOID, avec cette première démo « Ex nihilo nihil », la formation propose avec vingt minutes sur six titres dont une intro, leur façon de voir aujourd’hui « un » death metal, avec leur propre vécu.

Un death metal velu bien entendu flirtant avec la brutalité comme une danseuse étoile flirte avec la légèreté, c’est à dire avec « grasse », mais un death metal qui va chercher sa base autant dans le passé actuel que dans une modernité traditionnelle.

En tout premier lieu, pour que l’oreille se tende, il est indéniable de soulever la qualité vocale de son chanteur à la « gutturalité » si acide, et à l’acidité si bouillonnante ; parce que même si vous ne retenez rien de la musique de BEYOND THE VOID, ce genre de vocaux se reconnaît entre tous, et ils rappellent un peu ceux de Illdisposed ou de Gutwrench, cet excellent groupe hollandais qui avait sorti deux démos, dont la sublime « Beneath skin », en 1994. Et finalement, on se rend compte parfois que cette musicalité de BEYOND THE VOID est assez proche de celle de GUTWRENCH sur les guitares, sans que les deux aient un quelconque rapport. Un peu comme le fait qu’on ait son jumeau moche (ou beau, c’est selon) quelque part sur cette terre.

Ensuite, forcément que l’on s’attarde également sur cette pochette old school qui propose un dessin plus tape à l’oeil qu’une création numérique contemporaine qui submerge la scène comme tous les « faîtes du bruiiiiiiit » qu’on peut entendre à n’importe quel concert.

BEYOND THE VOID offre donc des mélanges du genre qui sont plutôt tape-cul, mais avec un nerf de bœuf trempé dans du piment, et les mecs se gargarisent les chicots en vous envoyant cinq morceaux qui vous fêlent le fessier comme on ouvre un œuf à la coque.

Sur les cinq morceaux, il est évident qu’on n’a pas forcément l’attention ultra performante à cause de certaines brutalités, comme sur « Hymns of annihilation » qui se présente telle une course au cochon de lait dans la boue. Ça part dans tous les sens, tant vocalement que « guitaristiquement », avec plus ou moins de syncope finalement, ce qui pose la question de sa modernité en effet.

Mais en fait BEYOND THE VOID retrouve assez rapidement à chaque fois les chemins de la brutalité intense traditionnelle et en fait assez mélodique ; cette mélodie brutale et violente que l’on retrouve dans ce premier morceau quand les guitares deviennent plus psychotiques et que le tempo ralentit pour amener une véritable ambiance.

Et c’est ce qui donne au groupe cet aspect de mélange des genres, car « Hymns of annihilation », commencera de la même manière, tandis que les accélérations sont toujours sous acide où batterie et surtout guitares, veulent montrer leur diversité musicale, sans s’enfermer dans un classicisme chiant et ennuyeux.

Après ça plaît ou ça plaît pas. Parfois BEYOND THE VOID peut rappeler la brutalité que pouvait avoir un groupe underground tel que Gothic, car il y a aussi des similitudes sur cette intensité, à la différence que les guitares de BEYOND THE VOID s’envolent assez rapidement, et les solos presque heavy comme sur « Awakening of the carrion god » font largement toute la différence.

On retrouve cette limpidité au travers de leur brutalité, sur ces guitares qui ne veulent pas qu’on dise qu’elles sont primaires. Preuve en est sur « Beyond the void », le son de la basse vous rappellera bien évidemment les sonorités de groupes relativement techniques qui vous auront aidé à grandir toutes ces années, et les guitares régulières dans leur complexité se voient faire une superbe démonstration de leur maîtrise de manière « cordiale ». Et pour des guitares ça tombe plutôt bien.

Du coup les quatre premiers titres sont livrés pour le repas, tandis que « On my side of the screen » et « Among the ruins of dead civilizations » font office de café et de pousse-café.

La première surprend par une espèce de mélancolie que le groupe n’avait pas mise en avant depuis le début du génocide, avec une atmosphère presque thrash et même plutôt groovy, qui ouvre les portes de BEYOND THE VOID vers quelque chose de, pas death’n’roll mais presque.

Et enfin la seconde qui vient taper du poing sur la table pour dire que BEYOND THE VOID fait bel et bien du « putain de gros death brutal de ses morts à l’ancienne ». Parce que ce dernier morceau montre un savoir faire qu’il faut assurément reconnaître.

Alors voilà peut-être qu’au lieu d’écouter des albums de groupes ultra surestimés qui ressemblent à des saucissons ariégeois qu’on se serait mis dans la rondelle, c’est à dire qu’ils sont gros, bien salés, bien aillés, mais ils puent bien la bouse, parfois c’est intéressant de regarder ce qui pousse par terre, parce que la truffe c’est moche, mais c’est bon, faut juste fouiller un peu et se baisser.

Et ce BEYOND THE VOID pourrait vous surprendre.

Arch Gros Barbare

17/02/2020