HIDDEN IN ETERNITY -A Tout Jamais-


30 novembre 2022

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Groupe : HIDDEN IN ETERNITY

Titre : A Tout Jamais

Label : Autoproduction

Année : 2019

Nereide le Sage disait pour utiliser une métaphore concrète, que pour comprendre la différence entre le Doom et le Funeral Doom, il suffit de s’imaginer à un enterrement. Ça c’est le Doom. Et en y ajoutant la pluie, dans ce même enterrement, nous sommes dans le Funeral Doom.

Et si nous avions le temps, cette mesure si complexe et si détestée de HIDDEN IN ETERNITY, si nous avions le temps de nous en apercevoir, nous nous rendrions compte que nous sommes déjà en train de marcher sur le chemin tortueux de la souffrance où plus rien n’a d’emprise, et où les notes deviennent pesantes, tandis que la mesure elle-même devient sentence.

Oui, cet album référence « A tout jamais », montre que l’univers du Funeral Doom, fluidifié dans du Doom/Death est vraiment peu représenté dans l’hexagone infernal. Et HIDDEN IN ETERNITY est certainement un porte étendard si peu visible, qu’il est temps (encore lui) de réparer cette erreur.

Ce second album pourrait être finalement compté, comme étant le premier véritable album du groupe ; un album de quarante huit minutes où l’on explore le monde inspiré de celui des Shape Of Despair, ou encore Pantheist avec cette envie de créer une musique atmosphérique très 90’s , avec un violon puisant dans les origines nobles des Saisons Celestes et un clavier qui mène également la douce rythmique mélancolique jusqu’à la fracture de moral.

HIDDEN IN ETERNITY écrit ici des titres longs comme une marche funèbre, mais qui n’oublient pas les racines extrêmes qui le guident et le corrigent lorsque la musicalité se fait trop doucereuse.

Et c’est ainsi que « Si je devais n’en tuer qu’un » suivi d’« In Absentia Aeterna », prennent déjà la quasi moitié de l’album sur vingt et une minutes pour poser la première pierre philosophale. Une pierre gigantesque , lourde , oppressante où les guitares pleines de torpeur ne se soucient que de la lenteur, au détriment de la lenteur qui ne profite qu’à...la lenteur.

Le Doom saigne, le Funeral jubile, et HIDDEN IN ETERNITY montre sa noirceur sur le premier morceau, un titre caverneux, parce que s’il ne devait en tuer qu’un, la véritable question, c’est qui ?

Et ce premier titre, garde encore les stigmates du death/doom à l’ancienne : gutturalité, agressivité et oppression totale.

Tandis que « In Absentia Aeterna » montre son envie de sortie nocturne, dans la poésie du doom plus que dans la noirceur de la caverne. Et c’est cette différence qui met en avant les variations de cet album.

Et pourtant là où l’on aurait cru tomber dans la facilité, HIDDEN IN ETERNITY vous laisse respirer, avec un instant de grâce instrumentale sur « Les échappées extatiques », car c’est effectivement religieusement que ces trois minutes de guitare classique posent le vitrail devant nos yeux et la paix éternelle l’espace d’un instant trop court et si étrange, dans nos oreilles.

Puis, lorsque « Und Gleish … die zeit » avec sa batterie aussi rapide qu’un paresseux sous benzodiazépines, et sa basse réglée comme une horloge, et … en même temps ce passage presque métronomique où seuls la batterie et la voix se donnent la réplique pendant de longues minutes lancinantes un peu comme My Dying Bride l’eût fait en son temps sur la première version de « Sear Me », HIDDEN IN ETERNITY maîtrise définitivement l’instant, le fige, le gèle en y amenant vers la fin, une descente sous la glace.

En dernière partie, l’on y retrouvera un peu plus d’extrême avec « Eitelkelt », qui fait office de mélopée ténébreuse, où la mélodie n’a plus sa place, laissant uniquement le droit de passage à une sombre litanie, et enfin « Grafin von Todeskampfqui ne nous aidera pas à savoir pour qui sonne le glas.

HIDDEN IN ETERNITY n’est pas vraiment connu, mais se fait tout de même un nom au milieu des ombres, HIDDEN IN ETERNITY n’est pas vraiment célèbre, mais se place sur vos épaules comme l’esprit japonais sur ses victimes pour ne plus vous lâcher et vous amener vers le fond afin de découvrir l’âme réelle de leur Funeral Doom. Un premier album qui aurait mérité un packaging nettement plus noble, mais avec une inspiration terriblement
et profondément ancrée dans ce mouvement musical.

Le temps vous convaincra...
Et quand vous l’aurez compris ce sera à tout jamais.

Arch Gros Barbare

30/11/2022