OGARYA -Interview-


09 février 2020

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 Crédit photo: Nicolas Salles

SYPHILIS, SPLICE et maintenant OGARYA. Alors que leur death metal aujourd’hui épique, s’affine d’années en années pour rendre leur musique toujours plus intéressante, pertinente mais surtout époustouflante, les OGARYA , groupe français, des hauts de France, viennent de sortir « Inclination », un EP incroyablement efficace par sa musicalité, son visuel et son concept. Il ouvre une voie magistrale à ce que sera la suite du groupe. Pour découvrir l’univers d’OGARYA, mieux comprendre leur conception de la musique et ainsi remettre vos carnets de wantlist à jour, voici une interview plus que complète avec Med (Composition/guitars/backing vocals/artworks) et Ely (Drums/lyrics/piano).

Bonjour à vous, après Syphilis, après Splice, pour vous avoir suivi tous les deux depuis ces groupes-là, on sent que depuis 2015, OGARYA est devenu le groupe, le projet qu’il vous fallait vraiment, autant musicalement, que visuellement, qu’humainement peut-être. Alors est-ce que Med et Ely vous êtes le noyau dur de OGARYA, ou est-ce que le groupe est devenu une véritable famille avec une forte, non seulement cohésion, mais surtout une grande affection ? Qu’est- ce qu’il y a dans OGARYA qu’il n’y avait pas dans vos groupes d’avant ?

Mais…OGARYA, c’est du death technique ?

Med : Merci d’abord à toi de nous suivre depuis le début, ça nous fait plaisir que tu constates une telle évolution. Je pense que depuis le début de notre « collaboration » (entre guillemets parce que ça correspond quasiment avec le début de notre couple aussi !), Ely et moi on a toujours formé un noyau dur au sein de nos projets musicaux. Ce qui est différent dans Ogarya, c’est que c’est encore plus poussé, et que le groupe profite de la maturité et de l’expérience qu’on a prises en fonctionnant ensemble depuis longtemps. Dans Syphilis puis Splice, on jouait avec des amis, des gens qu’on connaissait avant la formation du groupe, et qu’on fréquentait aussi en dehors des répètes et concerts. Fab, le deuxième guitariste de Splice est mon cousin, et je connais Fuch (le chanteur) depuis le lycée. Dans Ogarya, paradoxalement, la cohésion entre les membres du groupe est différente, mais on avance plus facilement. On connait Ryan le bassiste depuis quelques années, mais sans être non plus devenus des amis très proches, et on a rencontré David et Cat les chanteurs, au moment où ils ont intégré le groupe. On s’entend tous bien, mais on se voit rarement en vrai. On est très dispersés géographiquement ; nous vers Clermont dans l’Oise, Ryan à Amiens, Cat en Belgique et David en Seine-et-Marne ; alors on essaye d’être efficaces chacun de notre côté pour avancer rapidement en répète. Puis, comme on compose tout à deux, les répètes servent surtout à se préparer pour les live. Ils nous font confiance à Ely et moi pour gérer toute la partie créative et administrative du groupe, et comme on sait ce qu’on veut, ça nous permet d’avancer plus vite, et surtout d’aller vraiment dans la direction qu’on a choisie. C’est un fonctionnement qu’on n’imaginait pas nous convenir au début, quand on était dans Splice, même si déjà, à l’époque, on gérait la majeure partie du truc ; mais en vieillissant, on a réalisé que c’était le mieux pour nous. On est déjà deux à parler en permanence de ce qu’on veut produire ; on a tous les deux quasiment les mêmes goûts musicaux, visuels, et les mêmes attentes, alors c’est beaucoup plus efficace comme ça. Comme tout le monde, on a des vies très chargées à côté du groupe, avec notre famille, notre boulot, notre maison à gérer, etc., du coup on n’a plus le temps, et peut-être plus l’envie non plus, de se prendre la tête à discuter et concilier les avis de tout le monde, pour au final ne pas avancer ou alors aboutir à un résultat qui ne colle plus à ce qu’on souhaitait au début. Donc finalement, ce qu’il y a dans Ogarya, qu’il n’y avait pas dans nos autres groupes, c’est que d’abord on a gagné en maturité, on sait mieux ce qu’on veut faire et où on veut aller, et qu’ensuite les autres membres du groupe nous laissent suffisamment de liberté et nous font confiance ; donc, on avance.

       Crédit photo: Aurélien Digard

OGARYA BASSISTE PAR AURELIEN DIGARD_resultat.jpg (68 KB)Pour le style c’est un grand débat. Nous, on ne se qualifierait pas au premier abord de « death technique », parce qu’on n’a pas l’impression d’être si techniques que ça, surtout si tu nous compares avec les groupes qui font référence dans ce domaine… D’ailleurs si tu regardes sur nos réseaux sociaux, sur la page Facebook par exemple, on a simplement écrit « death metal ». Mais on est souvent mis dans cette catégorie-là sur les sites qui partagent notre son. Peut-être parce qu’au-delà de la technicité réelle de ce qu’on joue, c’est la structure de nos morceaux qui est assez complexe, les riffs changent souvent, il y a beaucoup d’orchestrations, et ça donne un effet « technique ». On a du mal à définir le style qu’on joue, certains disent « symphonic death metal » aussi. Sauf que quand tu lis ça, tu t’attends à quelque chose d’autre, à du lyrique, à une ambiance différente, du coup ça ne colle pas bien non plus. Récemment un mec nous a qualifié d’« epic death metal », et pour la première fois on s’est dit : « ah ouais c’est pas mal, ça définit plutôt bien ce qu’on joue ».

On a tous pu lire, pour Cat, ce qui est tout d’abord malheureux pour elle, en espérant que tout ira pour le mieux les mois arrivants. Le groupe avait cette particularité de varier avec deux chants complémentaires parce que vous les aviez rendus complémentaires, alors tout d’abord pourquoi au départ avoir souhaité ce mix vocal masculin/féminin, mais au final guttural sur votre premier album, et ensuite la question ne se posant pas pour Cat, mais si après quelques mois, la question se posait, est-ce hors de propos de vous demander ce que vous feriez alors ?

Med : En fait, ça s’est presque mis en place naturellement. Quand on a lancé la recherche d’une voix, Cat et David faisaient, tous les deux, partie des gens qui ont répondu à l’annonce. On savait qu’on en prendrait un des deux pour continuer, mais on avait du mal à se décider parce qu’on appréciait les deux voix. Donc, on a discuté ensemble de l’éventualité d’intégrer deux chanteurs au groupe ; on a testé une première répète et ça a tout de suite marché musicalement et humainement, donc on a poursuivi comme ça. On a trouvé cool l’idée d’avoir deux timbres différents, et on a pensé que sur scène ça pourrait apporter quelque chose qu’il y ait deux personnes au chant ; et puis Ely était contente de ne plus être la seule femme du groupe aussi. On n’a pas vraiment réfléchi à ce qu’on ferait si la voix de Cat ne lui permettait pas de continuer. J’ai fait les backings vocals sur l’EP, sans conviction au début, et finalement ça rend pas mal, alors on pourrait éventuellement penser à renouveler l’expérience si Cat ne peut pas enregistrer le prochain album. Mais d’après les nouvelles qu’on a, on n’aura sûrement pas besoin d’en arriver là puisque sa voix commence déjà à aller mieux.

OGARYA COVER 1_resultat.jpg (108 KB)On se rappelle de la pochette de SPLICE, puis de celle de votre premier album « Ubiquity » sorti en 2017 et maintenant ce « Inclination », on ne va pas se mentir, à chaque étape, on s’approche de la perfection, et la beauté est de plus en plus éclatante visuellement, ça ne vous fait pas chier de maîtriser autant les instruments que l’art graphique pendant que certains rament à dessiner un mouton ?

Plus sérieusement, ce qui est frappant, c’est que si le dessin s’est amélioré sans équivoque en prenant une certaine noblesse sur « Ubiquity » ; les couleurs sont, quant à elles, toujours bien présentes et reviennent en force sur « Inclination », alors qu’elles étaient un peu parties sur l’album précédent.

Le death metal est-il une affaire de licornes et de princesses finalement, ou OGARYA sait jouer avec ses outils graphiques ? D’ailleurs sur quoi tu bosses en pc et avec quel(s) logiciel(s) ?

OGARYA COVER_resultat.jpg (100 KB)Med : Merci encore une fois pour ces compliments ; tu nous mets la pression pour le prochain là ! J’ai la chance que ce soit mon métier, puisque je suis « technical artist fx » (infographiste 3D en gros…). Je bosse sur un truc « classique » chez moi ; pas besoin d’une configuration de fou pour en arriver là ; j’ai une tablette surface pro de base et ça suffit. Pour les logiciels, j’utilise Photoshop pour la pochette, et After Effects et Unreal Engine pour les lyric video. En fait, les pochettes depuis Syphilis sont très représentatives de ce que je te disais plus haut : on grandit et on mûrit haha. Les premières pochettes, c’était souvent des délires de jeunes gens légèrement alcoolisés (celle de « Gang Bang »… Même ce titre d’ailleurs !), puis on a pris le truc de plus en plus au sérieux, jusqu’à avoir envie de créer tout un univers autour de nos morceaux et de nos pochettes. C’est Ely qui les conceptualise, elle a cinquante idées à la seconde, elle est toujours en train d’imaginer plein d’histoires. Et pour les couleurs, pareil ; c’est un peu son délire depuis le début de vouloir en mettre plein. Au quotidien, tu vois, son univers c’est un peu un mix de Pikachu et d’Alien, donc forcément ça influe beaucoup sur nos pochettes, vu que ce sont surtout ses idées. Puis moi aussi évidemment j’aime bien ce contraste entre thème dark et univers coloré. C’est juste représentatif de ce qu’on est finalement ; on ne fait pas forcément ça pour que ça plaise, mais si c’est le cas tant mieux !

On ne change pas une équipe qui gagne : encore une fois, envoi au Vamacara Studio pour le mix/mastering, pourquoi lui et pas les autres ? Alors vous pouvez me dire il fait du bon taff, tout ça, mais il y en a plein d’autres qui font du bon taff, donc, vraiment, pourquoi lui et pas les autres ?

Par rapport à la musique qu’écrit OGARYA, quel est pour vous la couleur de son qui colle, collerait, collera, aurait collé le mieux à la peau de OGARYA ? Je veux dire, si c’était sorti dans les 90’s, le morrisound aurait-il été le genre de choses qui aurait rendu votre musique plus pertinente ? Oui ou non, alors pourquoi le Vamacara et pas les autres !!!??

Med : Au début c’est venu surtout du hasard ; on est tombé sur un partage de la page du Vamacara sur les réseaux sociaux. On a trouvé que son travail était cool et puis il y avait des promos (c’est pas une blague lol). Jusque-là, on s’était toujours occupé du son nous-mêmes, mais on avait du mal à en être totalement satisfait. Quand tu n’as ni le matos, ni une grande expérience, c’est quand même très compliqué de s’improviser ingé son. Toujours dans le but de rendre notre travail plus pro et plus sérieux, on a décidé de contacter HK pour qu’il gère le mix et le mastering (c’est encore nous qui enregistrons tout). Le feeling est très bien passé et on a trouvé qu’il avait vraiment bien compris ce qu’on attendait et que le résultat était génial. Par la suite j’ai eu l’occasion de collaborer avec lui en bossant sur des vidéos pour son projet « The studio experience », donc on est resté en contact et c’était une évidence de lui confier « Inclination ». Alors, en effet, on ne connait pas vraiment les autres studios français, ou en tout cas, on n’a jamais eu l’occasion de voir ce que ça donnerait de travailler avec eux, mais comme on s’entend très bien avec HK et que le résultat est toujours à la hauteur de nos attentes, on n’a pas du tout le projet d’aller chercher ailleurs pour l’instant. Puis on a l’impression qu’il aime aussi notre musique et ça, c’est essentiel pour pouvoir la mettre vraiment en valeur. Pour ce qui est du son qui colle le mieux à notre musique, je t’avouerais qu’on ne se pose pas vraiment ces questions-là. D’où l’intérêt de trouver quelqu’un à qui on fait confiance pour s’en occuper. HK nous propose ses idées ; on a juste à lui dire ce qu’on trouve bien ou moins bien et il gère. Quand tu vois comme son studio est en train de se faire une place au sein de la scène metal française, et quand tu vois comme le mec est motivé et toujours en train de lancer de nouveaux trucs, tu te dis que tu as bien fait de faire appel à lui dès le début.

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« Inclination », comme vous l’avez annoncé, « ses 4 morceaux racontent les principales étapes de l'histoire de la septième planète du système Ogarya, Memnon. On y découvre l’ascension de la civilisation la plus puissante qui y ait existé, et la façon dont elle a défié les dieux, menant à sa chute puis à son oubli. ». Alors voilà, Ely écrit des romans sur l’univers d’OGARYA, donc, en premier lieu, peut-on en savoir plus sans être intrusif ? Et ensuite, pourquoi tout ce qui peut toucher de près ou de loin la musique prog, complexe, technique, le death technique tourne bien souvent autour de l’univers, des planètes, des voyages intergalactiques ? J’en veux pour preuve, Etrange, Slave One, Atheist, Pestilence, et j’en passe des tonnes et des tonnes…

Ely : Alors dans ce domaine-là, pareil, on est en pleine évolution. Au début d’Ogarya, on a eu des soucis pour trouver une personne fixe au chant, donc Med s’est occupé d’écrire la majeure partie des paroles d’« Ubiquity ». Il avait vaguement créé un univers avec sept planètes dans un système solaire imaginaire. En discutant de ça avec lui, j’ai réalisé que son univers n’était pas très élaboré et qu’en fait, ça restait très abstrait ce qu’on racontait, et puis j’ai eu envie de développer le truc. C’est mon délire de rédiger des histoires, je fais ça depuis que je sais écrire quasiment, alors je me suis dit pourquoi pas carrément faire des nouvelles autour des textes racontés sur le premier album. Et finalement, je me suis tellement plongée dedans que là, c’est parti pour être un roman, en plusieurs tomes, même avec beaucoup de pages ! Donc j’ai écrit les paroles des morceaux d’« Inclination » en rapport avec cette histoire. Comme je suis très perfectionniste, ça ne va pas être disponible tout de suite. Je suis en train de faire plein de recherches et de me prendre la tête un maximum pour que ça soit le plus cool possible. J’essaye d’utiliser toutes les ressources que j’ai, je suis historienne de formation, alors je voudrais intégrer plein de références dedans aussi (ce qu’il se passe dans « Inclination » est clairement influencé par ma passion pour l’Empire romain). Mais j’espère bien pouvoir avancer dans l’écriture de ces romans, et pouvoir les partager ensuite. Je préfère ne pas trop en dire sur l’histoire pour l’instant, ce serait trop long ; sache juste que les évènements racontés dans l’EP sont une sorte de parenthèse dans une trame beaucoup plus large. C’est un peu comme une vieille légende redécouverte par un des personnages présents dans « Ubiquity », et qui servira la suite du récit. Je sais, c’est très vague tout ça ! Du coup, pourquoi toujours un univers lié aux planètes, etc. ? Peut-être parce qu’on partage des références communes entre personnes qui aiment ce style-là : d’abord les groupes qui ont ouvert la voie à ce genre musical et aux références visuelles qui vont avec, mais aussi toutes les œuvres artistiques que notre génération connaît (tous les Star Wars, Star Trek, Alien et autres). Puis, l’espace ça fait penser à quelque chose de très technique et d’assez inaccessible, ce qui est parfois la vision qu’on a aussi de ce type de musique. Mais tu verras, si tu lis l’histoire de l’univers d’Ogarya, que c’est loin d’être seulement lié à l’espace, c’est hyper varié comme monde, même si pour les artworks, on appuie plus sur ce côté-là.

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Crédit photo: Charlotte J Photography

Musicalement, si « Ubiquity » présentait bien, même très bien, on sent une évolution relativement époustouflante entre l’album et cet Ep « Inclination » ; tant dans la composition, nettement plus prenante, plus pertinente qui accroche tout de suite malgré la vitesse, la brutalité, et dans cette notion de symphonie beaucoup plus présente donnant une nouvelle dimension à la musique d’OGARYA, une espèce de côté « universellement divin » : ça s’en ressent immédiatement sur « Memon’s blaze ». Est-ce que le groupe visualise mieux où il veut en venir aujourd’hui ; est-ce que vos compositions sonnent comme vous êtes vraiment aujourd’hui plus que comme vous tentez de montrer qui vous êtes ? Je veux dire, c’est vous aujourd’hui ou c’est encore la manière dont vous parlez de vous ?

Ely : C’est nous de plus en plus, c’est clair. Ce qui ne signifie pas que ce qu’on faisait avant ce n’était pas nous ; mais plus on avance, plus on sait vers quoi on veut aller. C’est vraiment cool que tu aies vu toute cette transformation parce qu’on a l’impression que c’est tout à fait ça : comme nous on évolue en tant que personnes, notre « œuvre » se précise elle aussi de plus en plus et commence à avoir des caractéristiques plus affirmées. Med sait de mieux en mieux ce qu’il veut composer et comment il va le faire. Je me dis souvent que j’ai de la chance de jouer cette musique-là parce que c’est exactement ce que je cherche : le mélange entre la brutalité et un côté mélodique et symphonique très important. Moi je suis méga fan de Fleshgod Apocalypse par exemple (ouais, je suis obligée de leur faire de la pub au passage haha), alors on en est encore loin c’est clair, ce n’est techniquement pas possible pour nous d’atteindre leur niveau de toute façon, mais quand des gens nous disent que « Inclination » leur fait penser à ce groupe, je me dis que là, c’est sûr que je ne peux pas jouer plus proche de ce que j’aime et de ce que je suis.

Crédit photo: Charlotte J Photography

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Med : Les compositions sonnent comme on est, même si on n’est pas seulement ça ; mais elles nous représentent bien. C’est un mélange de toutes nos influences et de tout ce qu’on aime. Et je crois que le fait d’avoir des histoires derrière m’a aidé à créer des morceaux avec une plus grande unité mais qui en même temps portent chacun une trajectoire différente.

Peut-être moins brutal inutilement, mais brutal intelligemment, cet Ep est donc l’ouverture vers ce qui sera votre prochain album ?

Med : Complètement, on a trouvé une formule qui fonctionne pas mal là pour composer, et j’espère qu’on va pouvoir pousser encore plus dans ce sens. Peut-être que la partie symphonique prendra une place plus marquée, sans que ça devienne non plus omniprésent. J’ai toujours voulu intégrer des éléments symphos dans mes morceaux, mais on était bloqué techniquement en quelque sorte, parce que, sur scène, c’était compliqué à gérer. Depuis quelques années, Ely joue au clic donc on peut utiliser un sample avec toute l’orchestration dessus et on est toujours calé.

On note depuis « Ubiquity » la disparition du logo SACEM, est-ce que la liberté et l’autonomie commence par là pour les artistes provenant d’une scène musicale déjà mise de côté en France, et ensuite de la facette underground de ladite scène ?

D’ailleurs pour ceux qui ne connaissent pas vraiment, quelles sont ou peuvent être les démarches à suivre pour protéger vos œuvres autrement que par ce système car il est dit que malgré tout à la production, fallait que ça y soit tout ça ; il en est quoi ?

Med : En fait, il n’a pas disparu, il est juste beaucoup moins visible parce que perdu dans les couleurs du rond de CD, mais il est bien là. Pour pouvoir presser ou dupliquer la déclaration SDRM est obligatoire. Pour protéger les œuvres il y a plusieurs possibilités ; je crois que le fait d’être à la SACEM n’est même pas une garantie fiable à 100%, c’est juste un argument en plus dans le dossier en cas de problème. J’ai toujours entendu dire qu’il fallait s’envoyer à soi-même un exemplaire du CD en recommandé avec accusé de réception avant qu’il soit disponible ailleurs, et ne pas ouvrir l’enveloppe pour avoir une preuve qu’il vient de nous. Après je crois que les dates sur les fichiers informatiques des compositions peuvent aussi être utiles. C’est une question compliquée, j’espère qu’on n’aura pas besoin d’en savoir trop là-dessus.

Vous êtes passés par qui pour la production du digipack, parce que la qualité est là ; ils sont superbes ? Surtout qu’au début, vous n’aviez opté que pour une sortie numérique ; ce qui aurait été peut-être dommage, alors pourquoi ce changement d’avis finalement, et à combien d’exemplaires vous l’avez sorti afin que ceux qui ne l’ont pas pris puisse râler un peu ?

Med : On est passé par Conflikt Arts. Ce ne sont pas forcément les moins chers, mais on avait déjà travaillé avec eux et on savait que ce serait fait vite et bien. Comme l’EP ne contient que 4 titres, on pensait le sortir uniquement en version digitale ; mais en voyant la pochette, certains nous ont demandé une version physique. On a fait un sondage qui a révélé que plusieurs personnes étaient intéressées par cette version, alors on a essayé de faire les choses le mieux possible avec le peu de temps qu’il nous restait. On ne s’en est pas trop mal sortis je crois. Il y a seulement 50 exemplaires, il nous en reste mais pas beaucoup !

Et qu’est-ce qui vous prend tant de temps pour que l’on ne puisse pas vous voir souvent jouer sur scène ; quand bien du monde ne cesse de revendiquer que le metal c’est la scène, certains groupes se font plutôt rares ? Ensuite, quel est votre regard justement sur ça ; la musique de studio prend-elle plus sa dimension notamment en studio ou la scène est-elle toujours synonyme d’efficacité selon vous ?

Med : Ça, c’est le sujet compliqué, parce qu’on aime bien la scène, et que pour nous, c’est là en effet que ça prend tout son sens de jouer, et que tu peux partager directement avec les gens. Mais d’un autre côté, on ne veut pas tout sacrifier non plus pour la scène. Certaines personnes rêvent de pouvoir vivre de leur musique ; nous, même si on est des passionnés, ce n’est pas notre but. J’adore mon métier et Ely aussi, et on n’a pas envie de changer de voie. On travaille tous les deux énormément, y compris pendant le weekend et pendant les vacances, parce qu’on a toujours des tonnes de projets différents. Et puis on a déjà eu l’occasion de tourner pas mal à l’époque de Splice, et on a fini par se rendre compte que des fois, on était blasé de rouler et d’attendre pendant des heures presque toutes les semaines pour jouer devant 3 personnes. Ça commence limite à faire un peu cliché de dire ça, mais c’est vrai que pour les petits groupes, ça devient compliqué de faire de bonnes dates. Il faut accepter de multiplier les petites dates qui ne sont pas toujours une réussite en termes de fréquentation et en termes de plaisir qu’on y prend, pour espérer atteindre des scènes plus grosses. Et pendant un long moment, on n’a plus été motivé à faire ça. Aujourd’hui, on préfère jouer rarement mais se faire plaisir sur scène plutôt que de chercher à être « connus » et à tourner, ce qui, de toute façon, n’est pas quelque chose qui nous fait rêver. Et puis il y a des gens qui prennent la scène presque à la rigolade, mais nous, on voit ça comme quelque chose de sérieux. On a conscience que c’est un métier, que ça demande beaucoup de travail et de professionnalisme, et par respect autant pour le public que pour les groupes qui bossent, on ne veut pas y aller sans être prêt à tout donner. On a beaucoup traîné aussi parce qu’il y a eu quelques problèmes de santé dans le groupe. Tout ça pour dire qu’on aime la scène et qu’on y reviendra bientôt sûrement, mais qu’on ne fait pas de la musique uniquement pour ça non plus. Moi quand je compose c’est presque par nécessité, je sens que je dois faire sortir ces morceaux, je ne pense pas forcément à la scène.

Crédit photo: Charlotte J Photography

OGARYA CHANTEUR 1_resultat.jpg (32 KB)En parlant de scène, vous aviez fait un bout de chemin avec un second guitariste, Thomas, qui finalement, n’est pas resté. Est-ce que OGARYA a envie de faire évoluer encore plus sa musique avec un nouveau guitariste ou c’était justement pour mieux préparer des concerts que vous aviez recruté celui-ci ? Aujourd’hui, est-ce que c’est tombé à l’eau ou vous continuez de chercher encore un nouveau membre ?

Med : Pour l’instant, on ne cherche personne. Thomas était super motivé, on le connaissait déjà avant. Il a apporté son énergie et ses ondes positives au groupe mais malheureusement sa vie professionnelle et personnelle ont fait qu’il n’a pas pu continuer avec nous. Je ne me vois pas jouer avec une autre personne pour le moment, mais tout est possible dans le futur.

En plus d’une certaine fierté qui fait forcément du bien à l’ego, même en toute humilité, ça fait quoi d’être un artiste Czarcie Kopyto et un serial drummer ? Alors bien évidemment, en matière de reconnaissance musicale qui concerne les instrumentistes mais aussi en matière logistique ? Est-ce que cette récompense vous permet d’obtenir quelques accessoires tout en mettant en valeur la marque pour laquelle vous pouvez être endorsé ? Est-ce qu’il y a un contrat de réciprocité, verbal, écrit ? Est-ce que vous devez citer à chaque sortie physique, mettre le logo...En fait c’est quoi l’endorsement, et ça sert à quoi ?

Ely : Ça dépend des marques et ça dépend de ton niveau de notoriété. Moi, je ne suis pas très visible alors je n’ai pas le droit à de grands avantages. J’ai une petite réduction sur les articles de Serial Drummer, ce qui est déjà très cool, et j’ai payé les pédales Czarcie Kopyto comme tout le monde. En fait, comme tu dis, ça fait surtout plaisir d’être associée à des marques ou des démarches que je trouve géniales. On n’a pas de contrat écrit, je leur fais de la publicité, plus parce que j’en ai envie et que j’apprécie leurs produits que par obligation, et eux partagent parfois notre actualité. J’imagine que pour des artistes beaucoup plus connus et qui ont de gros avantages, les obligations ne sont pas les mêmes, mais je ne pourrais pas t’en dire plus là-dessus de mon côté !

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Finalement, avant de finir, combien de temps vous avez bossé sur cet EP, tant en écriture que pour le reste, et surtout quand est-ce qu’on vous verra sur scène ailleurs que dans votre région ?

Med : Un an et demi environ. C’est surtout toute la phase de composition qui a été très longue parce que j’ai beaucoup modifié, voire supprimé des morceaux. C’est aussi parce que comme je le disais plus haut, on a beaucoup d’autres projets à côté, donc il y a des phases durant lesquelles on travaille moins sur Ogarya, mais on y revient toujours à un moment ou un autre. Pour la scène, en fait, même dans notre région, on ne fait pas grand-chose pour l’instant. C’est vrai qu’on ne cherche pas trop à bouger pour le moment ; c’est pareil, il y a des phases durant lesquelles on a plus envie de monter sur scène et d’autres moins. Mais là, ça fait un moment qu’on l’a désertée alors on ne devrait plus tarder à s’y remettre !

Merci à toi pour cette interview qui nous a pris des heures mais dont les questions étaient vraiment intéressantes. C’est rare de voir des mecs qui connaissent aussi bien leur sujet avant d’interroger un groupe ; ça a presque été une thérapie de réfléchir à tout ça ! C’est vrai qu’on ne monte plus assez sur scène, mais on ne s’en inquiète pas forcément, il va falloir y remédier !

Arch Gros Barbare

10/02/2020

Crédit photos : 

Charlotte J Photography

Nicolas Salles

Aurélien Digard

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