22 février 2026
CARNET DE CONCERT
MAYHEM – MARDUK - IMMOLATION
12/02/2026 au BIKINI – 31 -

Ceci n’est pas un carnet de concert et encore moins un live report (peut-être que si, quelque part...), c’est un moment de vie pris sur l’instant et zoomé intérieurement, vous n’y trouverez pas plus de belles photos que de propos pertinents. Il y a juste une histoire sans personne de célèbre, mais l’histoire avec un grand H est faite de multitudes de petites histoires avec autant de gens inconnus...
Alors commençons par un constat : Vieillir est devenu une sensation tellement repoussée, tellement redoutée, tellement détestée alors que c’est certainement une des plus belles richesses eut égard à la connaissance, et un des plus précieux privilèges, que peut nous apporter la vie ici bas, eut égard à la vie elle-même. Mais entre les innombrables tueries de tous bords d’un côté et le refus des rides par la société actuelle de l’autre côté dans toute sa superficialité, peu de personnes apprécient aujourd’hui le bonheur de sentir quelques parties de leur corps que l’on ne savait pas existantes souffrir le martyre, ou alors de profiter des minutes à leur juste valeur, où une seconde dure des heures et des heures durent des jours et les jours une éternité. Et c’est en cela que vieillir est quelque chose de merveilleux. Il suffit d’en avoir conscience...
Bien sûr que subséquemment on choisit alors de plus en plus quel concert aura les honneurs de notre sélection, quel trajet sera emprunté, quelle playlist sera diffusée dans la voiture et quels amis seront avec nous pour passer ce temps si précieux ; ce temps de vivre, ce temps de rouler, ce temps d’écouter... ce temps de savourer. Ce temps offert pour aller voir de vieux groupes, qui sont autant de groupes de vieux que de moins vieux, mais de vieux tout de même, car leur musique est de l’ancien temps. Ce temps respecté, ce temps vénéré, ce temps de la créativité...
Cette soirée était donc annoncée sous le signe de la noirceur, peu de photos car beaucoup de plaisir à regarder et écouter, plutôt que de passer du temps à trouver quel sera le meilleur instant, mais vivre cette affiche était obligatoire car avec Papa Ours et Golgauth nous nous étions donnés rendez-vous. Le mal ne meurt jamais, vous le savez, alors autant aller le voir pour de vrai. Et si pour cela , il fallait braver les tempêtes, affronter les eaux et rouler vers l’aventure sans certitude d’arriver à bon port, nous nous y étions préparés. Malgré quelques arrêts en bord de route, un Golgauth beau comme un prince qui va à son enterrement nous attendait impatiemment (sans doute trop impatiemment) , et nous voici donc partis vers l’antre des Ténèbres en ce douze février deux mille vingt six.

Alors que nous laissions la désolation derrière nous le temps d’une soirée, comme à l’accoutumée le disque dur branché a déroulé autant de heavy, de thrash, de death, de black, de doom, de grind et d’indus que de folie pouvant être contenue dans cette boite noire du plaisir qui n’était pas celle de Clive Barker, mais Hellraiser n’était pas loin.
C’est avec un plaisir certain que nous arrivâmes au Bikini pour constater malgré tout la présence de bon nombre d’entre nous venus pour savourer de la musique opaque, ténébreuse, épaisse et brutale.
Autant de mots démonstratifs d’une soirée des plus sombres qui n’ont rien à voir avec ce que la plèbe appelle metal aujourd’hui. Non ici règne le death et le black, la mort et les ténèbres musicales, aux origines de leur création car c’est avec hâte que nous voulions voir IMMOLATION. Un IMMOLATION venu jouer dans la noirceur et l’opacité, pour ensuite réellement tomber dans la bataille et souffrir les affres de la guerre avec MARDUK et terminer sur quelques instants blasphématoires avec MAYHEM qui n’était pas notre affiche principale disons-le, même avec respect…

Des ténèbres et de l’opacité

Oui, vous l’avez compris nous étions venus tout d’abord pour IMMOLATION ce groupe américain de death metal qui au fur à mesure des albums , au fur à mesure des années, s’est épaissi. Voici une trentaine d’années que IMMOLATION propose une essence death metal visqueuse, dissonante souvent, avec du riff épais et tellement ténébreux que leur style est reconnaissable parmi tous. Et ce soir c’est cette ouverture de rideau qui nous permet de mettre un genou à terre devant la puissance sans faille de ce groupe qui n’a jamais succombé et qui a toujours su écrire des compositions pour rester dans l’intensité et l’excellence. IMMOLATION reste simple devant un public curieux et respectueux, et ce respect se ressent fortement dans l’attention qui est porté religieusement aux morceaux qui défilent. Ross Nolan éructe avec une « gutturalité » sans égal, tandis que Robert Vigna danse comme une ballerine avec grâce au gré des rythmiques opaques et que leur dernier album datant de 2022 « Acts of god » est mis à l’honneur parmi plusieurs titres de leur précédents albums allant chercher jusqu’aux origines de leur longue carrière, sur leurs premiers albums.
Un set noble, froid , opaque encore une fois, mais tellement puissant IMMOLATION est la preuve vivante venant de New York que le death metal est un courant musical très fermé non pas par l’exclusion mais par la capacité des âmes à accueillir une musique aussi puissante, aussi ténébreuse et brutale qu’elle n’est pas à la portée de tous.



Le Bikini était tout de même bien chargé en personnes, les attentes au bar, étaient longues par la queue diabolique, mais efficaces grâce à la rapidité des serveurs. Le temps d’installation de MARDUK, nous sommes allés faire un tour rapide aux stands de merch, et quand on voit combien sont vendus les t-shirts dans l’underground, on pleure devant le prix du merch durant ce genre de set. La faute à qui, la faute à quoi , rien à foutre en réalité, car si l’on ne veut pas y laisser un bras, on ne le fait pas. Et ce que nous n’avons pas fait, priorité à l’alimentaire et au carburant.
Rien à branler, MARDUK était là.

De l'inexorable guerre...

Oui, MARDUK était là, la guerre sur scène, le chaos, l’apocalypse et l’odeur de mort. Nous étions là pour eux, parce que les suédois, bien que légèrement plus jeunes dans l’existence que IMMOLATION, ont également la puissance de leurs années d’existence et lorsque MARDUK joue sur scène le blizzard se désagrège pour ne laisser percevoir que la violence et la rage d’un groupe de black metal brutal au demeurant , mais en fait tellement bien inspiré lorsque l’on écoute leur musique sur scène. Car pour réellement apprécier MARDUK en studio, il faut vraiment aller les voir sur scène , la dimension est différente, le relief certain, et l’on comprend mieux leur brutalité en studio une fois qu’on les a vu en concert.
Et ce soir comme à chaque concert MARDUK offre une prestation malsaine, professionnelle et charismatique entre les titres plus enivrants les uns que les autres. Plusieurs albums sont à l’honneur et les suédois font un peu également le tour de leur discographie, mais il y en a tellement, et tous sont tellement excellents, il est difficile de tout placer en une seule setlist. Malgré tout personne n’échappera à la brutalité de MARDUK , la plèbe était aux anges, en plein enfer, mais aux anges, et il était évident que nous ne partirions pas sans avoir profité du char d’assault « Panzer division Marduk ». Ce rouleau compresseur était intégré à une setlist bien fournie et bien équilibrée.
MARDUK est venu, MARDUK a vu et MARDUK a vaincu. Il ne restait plus aucun survivant à la fin du set des suédois, ce que l’on attendait absolument.

Du blasphème et de la renommée...

Ahhh, MAYHEM c’est compliqué entre la légende, les histoires qui ont fait couler de l’encre, et qui ont divisé les « true » et les pas « true », l’adoration de certains plus pour l’entité que pour la musique elle-même, les différences des albums, MAYHEM est un groupe qui fascine ou alors qui indiffère totalement si l’on ne s’y est pas penché entièrement.
Bien sûr qu’il était le groupe tête d’affiche, bien sûr qu’il était le plus vieux, le plus véhément, car parmi les précurseurs de cette musique dont les codes musicaux du précédent millénaire sont à jamais ceux qui offriront le côté le plus malsain à ce courant musical ; MAYHEM était le groupe attendu par beaucoup.
Leur dernier album en date « Liturgy of death » de très bonne facture dans la noirceur et l’horreur fait plutôt l’unanimité, même chez les néophytes.
A cela ajoutons une ambiance scénique à la hauteur de GHOST, où le sieur Attila s’est présenté en grand archevêque du blasphème, MAYHEM était irrévérencieux, sale et démoniaque. Le serpent était dans la salle, et il est certain que démarrer avec des louanges sur des titres qui font honneur au malin, et un théâtralisme qui captive autant les âmes en détournant par là-même leur attention musicale, était du pain béni pour les spectateurs venus en masse adorer religieusement les norvégiens. Et dans toute cette mélasse, Hellhammer était parfait et chirurgical.
C’est certainement ce théâtralisme qui plaît beaucoup, mais nous avons dû partir au bout de quatre titres car le temps, cette denrée extrêmement précieuse ne nous permettait pas de vivre l’instant présent, alors c’est ainsi que nous partîmes au beau milieu du set, mais tellement satisfaits de ne pas avoir raté MARDUK et IMMOLATION dans leur intégralité.


La musique plaît à chacun et sa diversité est tellement riche dans le courant extrême que toutes et tous y trouvons les trésors qui nous conviennent.
Le retour moins humide que l’aller fut toujours aussi passionné, et c’est bien là que nous avons de nouveau réécouté IMMOLATION, MARDUK et MAYHEM parmi d’autres légendes coincées dans la boîte à malices.
Nous avons vu ce soir là quelques mythiques et mystiques formations de death et de black, et ce genre d’affiche fait du bien car elle montre encore l’éclectisme musical dont ces courants musicaux qui ont plus de trente ans font encore preuve en faisant toujours frémir une bonne tripotée de bas du front…
Arch Gros Barbare
22/02/2026